Draps

Fins duvets au feutre discret des ombres
Dans les contre-jours où ils nous habillent
Empreints des mots corsés de nos langues sombres
Quand le matin éponge nos lèvres qui scintillent

Miroirs blancs et fripés de nos ardents caractères
Quand sous nos ébats ils trébuchent au pied du lit
Ceux-là même qui espionnaient notre passion sectaire
Flirtant avec la salive de nos peaux en filigranes de nuit

Nuages fous, lave rampante, désirs accrus
Qui font les matins tièdes de nos entrelacs intimes
Les doigts en bougies sous leur flanelle nue
Et tombe le tissu de neige au pied de nos cimes

Corolles empourprées sous le sang qui tressaille
De nos enjambées nocturnes au creux de l'azur
Givre déchu qui brûle de nos caresses en braille
Lorsque nos silhouettes s'en vont soulever sa tenture

Cocons d'amour, où les baisers nous ont vus naître
Descendent à présent pour mieux nous découvrir
L'un à l'autre, avec pour seul et unique paraître
Que nos bouches unies vers le diapason du plaisir


© Iscarian

Draps

# Posté le mercredi 26 avril 2006 15:58

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:48

Kaléidoscopes

Bosquet de sycomores
Où l'on apprend à s'écorcher
Frissons de ventres, émois indolores
Quand il faudra nous désaimer

Je m'injecte des kaléidoscopes de ronces
Sur mon oeil rétif à l'ébat du ciel uni
Stylos rouge sang dans la nuit qui s'annonce
Et fixer son empreinte sur la pensée asservie

Les cocktails Molotov se boivent à l'apéro
Entre grands décideurs, le protocole du sperme
Voici les enfants du siècle, mettant à bas les idéaux
Suivre le rang, ne jamais dévier, tel est le germe

Écrire peut-être pour ceux qui n'ont plus de mains
Parler pour ceux à qui l'on a coupé la langue
Aimer pour ceux dont les sentiments sont incertains
Vivre au milieu des arcanes séculaires qui tanguent

Pendre son horizon plus loin que la voûte du rêve crypté
Les nuits sont comme des renaissances aux jours en ruines
Étirer son ombre jusque dans les articulations des baisers
Les langues sur les corps se perdent dans une litanie de bruine

Dans le succédané des murmures, accoucher brutalement
Parfois les émotions se froissent sous le glaive du néo-pensum
Faire en sorte que son phrasé soit indélébile et dérivant
Pour toujours s'écarter des voies aseptisées du faux delirium


© Iscarian
Kaléidoscopes
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# Posté le mardi 25 avril 2006 14:47

Modifié le mercredi 24 octobre 2007 07:44

Au-delà

Je me suis glissé entre les ornières du vent
Espaçant les béquilles de mon esprit
J'ai su pénétrer le sexe de l'espace temps
J'ai vu les marches circulaires que le temps écrit

Les frontières se chevauchent, se coagulent
Il est autant de mémoires que de secrets
Les paumes calleuses dérident leurs veinules
Et la paupière du coeur se fouette, puis se tait

Sur la pellicule mes rêves se désorientent
Nordique dans mes nuits d'été, à jamais désaxé
Sur les miroirs en mosaïques, je m'invente
Je fissure le passage, à la rencontre de la femme ailée

Ma langue serpente sa salive, rauque de désirs
Je me suis mis face contre terre, j'attends la sépulture
Les veines qui soulèvent la peau que l'on fait languir
Ma matrice est la silhouette des bouches qui se torturent

Je me suis infiltré dans les saccades orgasmiques de l'orage
Les spasmes violets des corps qui vont pour s'embaumer
La frénésie des guerres, charriant la boue de leurs tristes ouvrages
Je m'en suis retourné dans le ventre maternel pour mieux m'assassiner


© Iscarian
Au-delà
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# Posté le mardi 25 avril 2006 09:57

Modifié le mercredi 24 octobre 2007 07:45

Effluves

Des grains de soleil
Visitent mon sommeil
Dans les creux de mon visage
Ils se décalquent en pochoirs
Et réinventent mon histoire

Je me souviens du rire du soir
Des bris de verre du jour
Lorsque je passais en averse
Dans le silence de tes reins

Je voulais creuser jusque dans tes rides
Je voulais sombrer dans ton vide
Tes doigts comme des notes de piano
Tes bras en archets de violons
Tes yeux avaient le charme
Des gammes de la tristesse

J'ai vu la fureur de l'animal en moi passer
J'ai couché sur ton corps ses griffes
Aide-moi à déchirer le sceau du passé
Apprends-moi la vie qui palpite sous les caresses

Nos sexes se taisent à présent
Laisse-moi t'emporter au-delà
Dans les bras ondulés de mon sang
Jusque dans l'infini de nos doigts

Fais-moi juste un signe
Lorsque tu pourras m'aimer
Et je te montrerais mes lignes
La face tendre de l'écorché

Peut-être qu'un jour le rêve sera dépassé
Peut-être qu'un jour nous serons le rêve


© Iscarian
Effluves

# Posté le samedi 22 avril 2006 13:35

Modifié le mercredi 24 octobre 2007 07:46

Ossature

Je vois des rides s'accrocher à mes rêves
Mes yeux se parcheminent, je reste silencieux
Pourtant je sais encore récolter la vie et sa sève
Devant la tristesse passe l'éclaircie du merveilleux

J'ai goudronné à contrecoeur ma respiration mentale
L'hypocrisie m'écoeure, ma bouche sert de barrage
Je voulais brader mes souvenirs aux sombres pétales
Mais sur mon regard s'est gravé le tissu des orages

Les mains pleines de copeaux d'amours morts
J'ai disputé aux oiseaux le frisson des nuages
L'envol s'est fait sans moi, je reste sur le port
Après avoir boité, je tourne enfin la page

Les illusions sont comme des feuilles blanches
Et des taches d'encre noire en préparent leur deuil
J'aimerais un parapluie pour mes mots, qu'ils soient étanches
La naissance est un miracle, je ne resterais pas sur son seuil

Les doigts pleins de crayons, je repeins mon présent
Même si bien sûr parfois je perds le fragile buvard
Je comprends désormais, l'encre fait partie de mon sang
C'est avec elle que j'apprends à me tatouer de l'espoir


© Iscarian

Ossature

# Posté le dimanche 16 avril 2006 07:40

Modifié le mercredi 24 octobre 2007 07:46