Renaître

Tous ces instants fugaces
Cette nouvelle nuit
Couchée sur les sommeils

La poussière des regards
Quand une matinée efface
Les souvenirs de craie

Les rires qui se cachent
Sous la crainte d'exister
Les paroles ternissent les secrets

Le vide qui astreint l'être
Dans le cortège immobile
Où les baisers ne tintent plus

Cette cacophonie des pensées
Qui assaillent la mémoire
Les silences qui veulent s'émanciper
Et finissent dans un inquisitoire

Puis doucement la peau s'étire
Le gel emprisonne la fenêtre
Tous ces instants où il faut mourir
Pour mieux renaître


© Iscarian

Renaître

# Posté le dimanche 07 mai 2006 11:05

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:45

Corail

Depuis le creux foncé de l'océan
Là où s'engourdissent nos cheveux
J'ai fouillé le clair-obscur du néant
Sur mes lèvres, de la buée bleue

J'ai filtré mon âme dans le translucide
Sous ce ventre gonflé de pleurs laiteux
J'ai plongé mes yeux dans ce sein avide
Surface pleine d'enfance, au regard vieux

Tel un marin solitaire à l'âme burinée
Le sang opalin bondissant sur le rivage
Me revenait sur la langue sa mélopée
Ma bouche s'est tue contre son langage

Le ciel a fossilisé son visage sur l'onde
Mes mains ont soulevé le sable immortel
Je me suis dessiné sous sa peau blonde
Et ses veines ont recueilli mon appel

Un nuage sous l'eau volait tel un papillon
J'ai placé mon c½ur dans sa jarre d'abysse
Et entre les éclaboussures salées de son sillon
Je suis devenu sculpture de corail que la mer tisse


© Iscarian

Corail
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# Posté le samedi 06 mai 2006 18:19

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:46

Les amants martyrs

Les bégonias tuberculeux où leurs moignons hivernaux
Fouissent la tourbe de leurs maigres corps bleuis
Quand leurs canines de suie prennent en otages leurs peaux
Leurs bouches de vérole puisent au lait carié du sein chétif de la nuit.

Ils sont captifs de leur propre faim, fouaillant dans les narcisses de la mort
Sous le cri de leurs regards qui dénudent le topaze des aurores
Ils ont tiré sur leur pâleur le rideau monochrome des mers
Croque-morts des globules de leurs caresses qui s'enterrent.

Lorsque s'étire leur sang de verre dans le bassin des cerises
Les larmes du miroir sur leurs reflets bruns de typhus
Apposent le sceau gris de la tristesse, au noir humus.
La peinture zébrée de leurs hanches, en lacérations intimes
Suspend l'horizon loin sur les dunes d'un océan nauséeux.

Les génuflexions de leurs jambes, enserrant comme des lianes la torpeur
Forment une sinusoïde d'aquarelle sur le duvet du couchant
Leurs lèvres pourpres dessinent des rigoles cannibales
Dans le boudoir de leur folie vont et s'épuisent leurs râles.

Ils font sauter le verrou de leur lucidité
Et errent encore au milieu des crachats du ciel
Sous la pluie rachitique des îles de la démence
Imprégnant le sol bourbeux de leurs nécroses.

Leurs baisers ne sont plus que les boursouflures
De la carne suintante de leur cruauté
Lorsqu'ils déchirent le voile de la beauté
Et s'infligent les stigmates de l'obscurité.

Dans les cals et les ronces de leur ancien désir,
Ils ne sont désormais plus que les amants martyrs.


© Iscarian


Ps: Le tableau est du peintre Egon Schiele.
Les amants martyrs
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# Posté le mercredi 03 mai 2006 12:41

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:46

Lierre

Toi qui m'as appris le goût du sucre dentelé
Toi qui m'as montré les cerceaux hypnotiques
Anesthésie-moi les sens, que j'oublie le passé
Je vois à travers ta peau, des rêves amnésiques

Recueille mes peurs d'enfant dans ton sourire
Rétrécis l'espace entre les continents de nos corps
Fais-moi marcher dans la sueur des délires
Suce ma bouche, réanime nos membres qui s'explorent

Les mères ont ce parfum féerique qui soigne les peines
Quand les polichinelles flottent dans les airs
J'aimerais bien flirter avec les canaux de tes veines
Revoir les runes inscrites sur le visage de mon père

Me diluer dans les deux courants de ma naissance
Visiter l'âme de mes piliers, de mes sages aïeuls
Prendre à contre-courant les marées, en partance
Vers le large, toujours plus loin sur le soupir des glaïeuls

Je bois encore à la coupe du ruisseau de tes paumes
Les agrumes de ma rêverie se frottent aux épines
Le suc coule, déverse sur mes lèvres son arôme
Et mue notre peau de lierre sur l'écrin de nos ruines


© Iscarian

Lierre
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# Posté le lundi 01 mai 2006 13:50

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:47

Lucarne

Les yeux coincés dans la moue de la fenêtre
La bouche prisonnière du silence du soupirail
Le soleil s'infiltre dans les pores des larmes.

Les visages se métamorphosent en hurlements
Le mutisme est la parole du coeur
Les secrets se murmurent par les regards sans fond.

Revenir se bercer les rêves dans le foetus lacrymal
Rejoindre le corridor du futur de sa mémoire
Là où tous les souvenirs deviennent vertèbre de l'avenir.

Les baisers divins s'arc-boutent sur les lèvres, mais en vain
Il subsiste dans leurs entrailles la sécrétion des mirages
Les voleurs du mystère des eaux et des nuages.

Quand le fil menant à la lune rompt sa fine chevelure
Les bouches oublient le sirop des corps enchevêtrés
La solitude s'habille de fantasmes en cinémascope
Et l'esprit fissure son toucher, et met en fiction sa vie.


© Iscarian

Lucarne
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# Posté le dimanche 30 avril 2006 13:28

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:47