Transe

Les zébrures couchantes du ciel bleu vert
Les nuages comme d'innombrables dés
Sous l'arche gris de perle du désert
Où s'enfouissent les yeux syncopés

Les fontaines creuses des mers du Sud
Averses émoussées de myrtes et de cinabres
Quand les tropiques sont les préludes
De nuits boréales aux insolites candélabres

Les corps qui se couchent dans la couleur
Dans les orangés diaphanes, baisers de jade
Parfum ocre des pinceaux de la torpeur
Quand les blés naissent en bousculade

Déjà vient s'imprimer sur la rétine, la ronde
Des anges rouges aux circulaires sabbats
Des larmes d'écume sillonnent les secondes
Qui enclosent la réalité dans l'éphémère émoi

La rumeur des paupières qui se fissurent
Dans la nuit astrale aux lèvres plissées
Fumée vaporeuse sous le tissu des murmures
L'âme en position foetale, les paumes repliées

La danse immobile des peaux orphelines
Les vases d'opium noir, concubins du silence
Lorsque le sang se mêle aux teintes de la bruine
L'être se fond dans les volutes de la transe


© Iscarian

*Myrte: Arbuste des régions chaudes, à fleurs blanches odorantes.
*Cinabre: Sulfure de mercure de couleur rouge, utilisé notamment pour la fabrication du vermillon.
Transe

# Posté le lundi 15 mai 2006 04:59

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:42

Le grinçoir

Les cheveux emberlificotés
Comme une maille sur les yeux
Tes hanches en éclipse
Au-dessus de ma peau

La vie nous a livré à ses cris
Sous la pluie de nos corps
Il me reste ta mantille de rosée
Dans le rubis de mes lèvres

Et dans la chambre
Le lit grince son ossature
Comme rouillé par notre tiédeur
Nos baisers suspendus aux cirrus

Dans ce huis-clos de nos bouches
Qui se font l'amour avec ferveur
L'air près de nous se couche
Et joue avec nos silences en sueur

Il reste des grincements entre nous
Qui ternissent nos fiévreux regards
Quand l'amour oublie les mots doux
Le coeur n'est plus qu'un grinçoir


© Iscarian

Le grinçoir

# Posté le dimanche 14 mai 2006 14:01

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:43

L'homme instrument

Le recto-verso de tes caresses
Le tempo de tes clins d'oeil
Je suis dans ta nougatine
Sous l'arbre des vinyles

Je morcelle les sons
Je suis en diaporama triphasé
Les yeux dans les gammes
La peau dans les rythmes

Je m'infiltre parmi les notes
Je vibre sous l'archet du violoncelle
Mes jambes se défont de leur immobilité
Mes lèvres se diluent sur la guitare

Le piano m'emporte dans ses songes
Sur des rivages aux grains d'obsidienne
Mon sang s'instrumente et plonge
Dans les veines des musiques qui m'étreignent


© Iscarian

L'homme instrument
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# Posté le samedi 13 mai 2006 14:06

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:43

Agglomérat de nuit

Sous la buée nocturne des néons
Dans l'embrasure des chairs
Mon pas imprime sa déambulation
Au creux des foules solitaires

Les fluorescences du sang de la ville
Bitume aux entrechocs souterrains
Palpitent les doigts sous l'urbanisation hostile
Dans la brume aveugle des cloaques saturniens

Le ciel en cataplasme violet sur les avenues
Les déhanchements fugaces des silhouettes
Dans le labyrinthe craintif du microcosme des rues
Obscurité lunaire, visages nus de squelettes

Les sirènes pleurent dans cet océan de béton
Dans ce cloître où les yeux s'empoussièrent
Les parfums bigarrés, les âmes en détention
Trottoirs stroboscopiques à l'édulcorée lumière

Un crachin comme la césure du vacarme
Vient ouater l'écho furtif des pas pressés
L'aube délie sa langue, dissèque le noir charme
Mais la ville garde son teint d'amante esseulée


© Iscarian

Agglomérat de nuit
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# Posté le vendredi 12 mai 2006 13:21

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:44

Landes

Le vent d'avril qui ourlait ton sourire
Dans l'intimité des nuits célestes
Le vase creux de ton corps comme une lyre
Pour s'aimer dans le fracas des jours lestes

Les herbes folles au confinement crépusculaire
Où nos rires se perdaient dans le fusain des salives
Nos bouches réveillaient une aurore musculaire
Dans la nudité sépia de nos spectres en dérive

Ces dentelles fines aux persiennes bleutées
Entrouvertes sur le paravent des dunes
Lorsque nos paumes cheminaient les allées
Avec sur nos langues les salaisons brunes

Sous l'auvent des mystères de la brise océane
Tes lèvres de caramel esquissaient leurs traces
Sur l'ombre chinoise de nos tièdes membranes
Nous redonnions tout son sens à l'espace

Au creux de nos murmures tatoués sur le firmament
La vie cosmique de nos doigts en sarabande
Un léger frisson sous le porche des rêves blancs
Quand nos étoiles s'unissaient dans le sein des landes


© Iscarian

Landes

# Posté le mardi 09 mai 2006 11:28

Modifié le samedi 20 octobre 2007 11:45